Merci d’être à nos côtés pour manifester dans la prière notre bonheur de travailler dans une maison où le respect du plus pauvre doit rester une noble vertu.

L’avenir de l’école ne se construit pas dans l’abandon aux coups du sort, mais dans l’espérance au quotidien. 

Lucien RAMACCIOTTI 

Discours du 40è anniversaire 

Voilà maintenant 40 ans que notre collège génère de nouveaux diplômés ?  Comment ne pas se réjouir de cette entreprise bien commencée ?  Notre devise : « Fleuris là où tu es semé » trace une ligne tout à fait opportune et bien venue au début de ce millénaire.

Pour Georges BERNANOS, c’est la fièvre de la jeunesse qui maintient la température du monde à la normale.  Quand la jeunesse a froid, le monde claque des dents. 

Alors ce soir, en présence de ceux qui font la force de Saint-Joseph, je voudrais vous dire trois choses simples : 

·       Le Collège c’est avant l’histoire d’une aventure partagée

·       Aujourd’hui les fruits sont là et appréciés

·       Quelques pistes pour aborder l’avenir.

 

Le Collège, c’est avant tout l’histoire d’une aventure partagée.

 

Permettez-moi d’ailleurs d’illustrer ce propos en revenant quelques instants sur les conditions de création de l’école.  L’année de sa fondation, 1961 n’a certainement pas eu le lustre de nos années 2000…  Tout le monde s’accordait pour considérer l’enseignement comme le ferment du développement économique mais les moyens manquaient.  Il y avait chez nos fondateurs, la forte conviction d’être proche de la jeunesse.  Il y avait aussi à Chênée une paroisse et des partenaires actifs.  Bref, la forte crédibilité d’une équipe d’expérience.  Avec Monsieur l’Abbé Henrotay, alors jeune vicaire et premier directeur de notre maison, ils ont su trouver un point d’équilibre, de part et d’autre, pour arrêter un projet capable tout à la fois :

·       d’élargir la palette des formations déjà existantes, les humanités modernes

·       de tenir la promesse d’une école secondaire au cœur de Chênée.

·       d’épauler le projet de l’enseignement catholique vers les nouveaux quartiers.

Tout cela nécessitait de la concertation, de l’imagination, de l’ambition, de la vision et en même temps un grand sens de la réalité et du terrain, bref une passion partagée.

Je ne reviens pas sur les obstacles.  L’argent, la reconnaissance par le Ministère, la place à prendre entre des écoles centenaires, honorables et prestigieuses. 

Vous avez dû y faire face, les uns et les autres parfois en pleine guerre scolaire.  Les obstacles sont faits pour être surmontés et Monsieur BASTIN me rappelle souvent la référence à Mathieu 6.25 de l’Abbé HENROTTAY. 

Dans les années 70 et 80, de nouveaux chantiers et un nouvel avenir s’ouvraient pour l’enseignement secondaire à Chênée avec la création d’un véritable collège doté d’une infrastructure solide.  Dans les années 80, Monsieur LEMPEREUR œuvra avec nos écoles sœurs, l’école fondamentale et l’Institut Ste Thérèse d’Avila à la réalisation d’un grand centre scolaire libre au sud de Liège.

 

·       Aujourd’hui, les fruits sont là et appréciés.

 

L’avenir de l’école ne se construit pas dans l’abandon aux coups du sort, mais dans l’espérance.  Je voudrais partager cette profonde conviction que vous avez eu raison de faire ce pari de construire une école ensemble car faire partie de la communauté éducative de St Joseph, c’est avant tout être appelé à un fabuleux travail d’espérance, c’est donner à cette nouvelle vie assez de liberté pour affronter dans la bonne humeur, la nouvelle année scolaire qui se pointe à l’horizon chaque année au mois de septembre.  C’est savoir accepter une parole de reproche, essayer de construire une entente.  C’est recevoir un sourire et savoir donner le sien.  C’est partager avec l’élève en peine sa souffrance, son angoisse, ses doutes, pour devenir rayon de lumière.

Le Collège doit rester fidèle à ces valeurs.  Une éducation pour demain, une formation en phase avec l’enseignement supérieur et la vie professionnelle, une pédagogie adaptée, une communication épanouissante, une ouverture culturelle et interculturelle.

Depuis 1997, une vaste politique de maintien de l’offre d’enseignement et une nécessaire rénovation sont en marche.  Nouveau centre cybermédia, rénovation du bloc B, nouveau laboratoire du 1er degré, création du studio, de la salle des éducateurs et tout récemment annoncée, la restauration de notre ancien réfectoire.

Tout cela est possible sous l’impulsion de notre Pouvoir Organisateur qui assure dans la discrétion mais aussi dans l’efficacité la permanence et l’adaptation régulière du collège aux besoins de l’enseignement et aux aspirations des jeunes.

Je salue tout particulièrement notre Président, Monsieur LIENART qui en assure la présidence depuis presque vingt ans.

 

·       Quelques pistes pour l’avenir

 

En plaidant pour le succès du collège, pour le succès de ses formations et de ses anciens étudiants dans leur vie, pour la réussite de ses initiatives et de ses projets, vous ne m’en voudrez pas de faire l’éloge d’une vertu qui me paraît aujourd’hui fondamentale pour l’avenir : l’humilité.

Une nouvelle fois les écoles catholiques sont mises en question et avec elles, inévitablement, la liberté d’enseignement.  Je tiens à rappeler que l’avenir de l’enseignement et de la liberté n’est pas dans le réseau unique.  Il est dangereux de restreindre ou de supprimer cette liberté d’enseignement au bénéfice d’un TOUT au Pouvoir Public.  Elle représente une richesse pour tous.  Chacun gagne à pouvoir choisir parmi une pluralité d’enseignements différemment colorés…

La société et les publics scolaires sont certes déconfessionnalisés, l’activité scolaire est assurément autonome et marquée par la responsabilité de ses acteurs, mais selon nous, les valeurs et les traditions spirituelles chrétiennes gardent du sens dans l’activité d’éduquer.  L’enseignement catholique prépare d’ailleurs son Congrès 2002 sur cette ligne de crête.

 

Notre collège est l’un des nombreux maillons de l’enseignement en Communauté Française.  Il entend rester à la hauteur de cette confiance.

Nos nouveaux atouts pour demain ne sont pas minces : la visibilité et une réelle notoriété, le positionnement généraliste, le réseau des anciens.

Pour continuer à vivre, il faut muer.  Sortir d’où sort le papillon, transformer sa tête comme le cerf qui perd ses bois.

Apprendre à penser, c’est l’objectif même de l’éducation.  Le décret sur les nouvelles missions de l’école nous a fait passer – théoriquement – d’une pédagogie des contenus à une pédagogie des compétences.  Les compétences philosophiques qui constituent autant de compétences transversales, constituent le fondement de toutes les disciplines.  On doit apprendre à penser dans un cours de langue, de science, d’histoire et de géographie,…

Pour continuer à vivre, il faut donner du sens.  Quelle vie vaut encore la peine d’être vécue,  demandent de nombreux jeunes ?

Quatre lignes de forces se dégagent dans une récente étude universitaire :

1.     La méconnaissance et la mise à distance du monde du Travail, d’où des stratégies de retardement ; on a peur d’y entrer trop vite.

2.     L’immense besoin de relations affectives¸ qu’on voudrait fortes et durables, même et encore plus si on en mesure la fragilité.

3.     L’insistance sur le proche, le quotidien immédiat. « toi, dans cette situation, qu’est-ce que tu fais ? ».

4.     Une affirmation de la responsabilité personnelle : des actes ! pas de bla-bla.. 

Devant une telle demande qui est faite à l’école, les professeurs doivent d’abord être compétents, puis passionnés et communicatifs, enfin accepter les contacts personnels dans une relation de distance-proximité.  Malgré les problèmes de recrutement, nous devons rencontrer « le laisser pour compte » : le sans-liberté, le sans-affection… il change de visage à chacune de nos rencontres.  Voilà notre but, voilà le sens que nous devons donner à notre travail.

L’école chrétienne doit offrir à chacun la liberté de construire sa propre identité en relation avec le Dieu de Jésus car la détresse ne se combat pas uniquement par de l’argent ou par des médicaments.  La détresse doit aussi s’affronter et s’alléger par l’éducation, par le savoir et le sens de la fraternité.

En conclusion, permettez-moi, à cet égard, de témoigner de ma reconnaissance et d’exprimer ma joie en ce jour de fête.

Merci d’être à nos côtés pour manifester notre bonheur de travailler dans une maison où le respect du plus petit doit rester une noble vertu. 

Accepter notre projet éducatif, c’est entrer en relation permanente, c’est dépasser ses moments de fatigue pour être disponible à des jeunes qui ne demandent qu’une présence.

Accepter notre projet, c’est aussi découvrir un chantier immense et en devenir le maître d’œuvre…  avec une grande et merveilleuse équipe à qui je dois la réussite de cet anniversaire.