n 1980, une nouvelle conséquence du passage du rénové se manifeste à Chênée : les deux Instituts Sainte-Thérèse d’Avila (enseignement technique et professionnel et enseignement général) et le Collège Saint-Joseph décident de coordonner leurs efforts et de fusionner pour éviter les doubles emplois et échapper à l’anarchie dans la sélection des options prévues dans le rénové.  Mais que de problèmes soulevés… 

Bâtiments qui abritaient la section "Enseignement général" des Filles de la Croix.Commençons par le plus évident : celui des bâtiments.  Nous l’avons dit, tous les locaux de l’ « ancien » Saint-Joseph appartiennent à une ASBL locale.  En 1976, celle-ci a également acheté une maison rue H. Cornet, le n° 60.  A partir de la restructuration de 1980, le collège occupe aussi les bâtiments de la section d’enseignement général de Sainte-Thérèse, c’est-à-dire les bâtiments blancs préfabriqués, les classes surnommées l’ « aquarium », une partie du pavillon Fabiola, le jaune et bleu qui abrite aussi l’école gardienne.  L’ensemble appartient à la Congrégation des Filles de la Croix et est mis à la disposition du collège par commodat : le collège ne paie pas de loyer mais assume toutes les charges de propriétaire et locatives. 

A droite les bâtiments qui abritaient l'école gardienne.Comment redistribuer les classes ? Les deux premières années d’observation sont regroupées au collège.  A partir de la troisième, les filles et les garçons qui choisissent un cycle de transition à caractère général restent à Saint-Joseph.  L’Institut Sainte-Thérèse s’adresse à ceux et celles qui, au même âge, veulent s’orienter vers des options techniques ou professionnelles. 

A gauche les anciennes classes (l'aquarium pour les anciens...)Mais une fusion d’établissement est aussi et surtout une affaire humaine.  Les élèves comme les professeurs, de chaque côté du mur de la cour, s’interrogeaient et, disons-le, redoutaient un peu ce mariage forcé.  Du côté de Saint-Joseph, quels pouvaient être les sentiments des élèves ?  En 1978, la population scolaire se composait de 255 garçons et de 67 filles.  En 1980 : 280 garçons et 366 filles ! Il semblerait que cette invasion féminine ait été envisagée avec une certaine méfiance par les garçons confortablement habitués à leur supériorité numérique.  Du côté Sainte-Thérèse, il est vrai que quelques jeunes gens se serraient les coudes au cycle supérieur mais ils n’impressionnaient guère les demoiselles très largement majoritaires.  La cour de récréation du Collège, par contre, surtout vue à travers les grillages cadenassés, avec ses ballons-boulets de canons, ses matches acharnés et tous ces garçons qui courent, crient et se bousculent, devait leur paraître à peu près aussi accueillante qu’une fosse aux lions… 

Au centre on devine l'ancienne maison des frères maristes.Le plus étonnant est que les professeurs des deux établissements partageaient la méfiance de leurs cadets !  On craignait évidemment que la fusion entraîne des pertes d’emplois et ce sentiment d’insécurité contribua certainement au peu d’enthousiasme manifesté…  Mais force est de reconnaître que la sympathie ne régnait pas entre les deux corps professoraux.  Mais pourquoi ? Et bien parce que les adultes agissaient comme les enfants, ils s’observaient de loin, sans se connaître.  C’est le meilleur moyen pour fausser complètement les opinions.  On nous a rapporté, à demi-mots, bien des craintes et des erreurs…  L’assemblée féminine de Sainte-Thérèse qui n’avait admis que Monsieur MASSIN pour représenter la gente masculine – faisait jaser ces Messieurs de Saint-Joseph : ce sera follement intéressant, on n’entendra plus parler que tricot, cuisine et maladies d’enfant ! Ou pire, la salle des professeurs se transformera en tribune féministe !

De l’autre côté de la barrière, les craintes différaient, les pires calomnies circulaient, lancées par Dieu sait quelle âme charitable : le collège ressemblait, dans certaines de ces peintures extravagantes, à l’antre de Satan en personne ! Bref, aux réunions préparatoires à la fusion, les deux « camps » s’épiaient sans aménité. 

Septembre 80 arrive cependant…  Les grandes grilles se sont enfin ouvertes entre les deux établissements dont le destin sera dorénavant commun.  On peut constater dans les classes, durant le premier mois, que les « clans » se forment immédiatement.  Dans presque tous les cas, dès octobre, ils se fondent l’on oublie d’où vient chacun et chacune.  Dans les deux salles des professeurs, le processus sera le même, mais il faut avouer qu’il fallut plus longtemps pour que toutes les idées préconçues s’effacent…  Faute de preuves !  Peu à peu, les « anciennes » de Saint-Thérèse ne retourneront plus systématiquement dans « leur » salle, au bloc B.  Les professeurs de Saint-Joseph, habitués à une salle sans grand confort, finiront par trouver l’autre bien accueillante et y resteront volontiers.  Bref, à la fin de l’année scolaire, la sympathie est née.  Le nouveau collège tourne rond : Madame FABRIS y veille pour les premières et deuxièmes, Monsieur BASTIN s’occupant des grands.  Tous les problèmes du rénové et de la restructuration ont surchargé les journées de Monsieur LEMPEREUR qui ne sort guère de son bureau…  Les élèves regrettent de si peu le connaître.

Espérons que les années à venir allègeront un peu le côté administratif si ardu de sa fonction de directeur. 

1961-1981 : l’année du vingtième anniversaire du collège Saint-Joseph de Chênée ! Les plus anciens, Messieurs PIROTTE, JORSSEN, et FREDERICK s’étonnent : vingt ans déjà !  On reparle du champ de poireaux, des voyages, des anciens élèves dont les enfants seront bientôt au collège…  En cinquième latin-sciences, certains décident d’écrire un livre retraçant l’histoire de l’établissement.  Pendant plusieurs mois, ils interrogent, fouillent les archives, téléphonent ou écrivent à ceux qui ont quitté Saint-Joseph.  Chacun apporte une photo, un article de presse, un palmarès sportif…  Il y avait de quoi remplir deux cents pages ! 

Le rénové arrive en troisième, l’horaire se complique de plus en plus !  Pour la première fois, un cours d’espagnol est donné au collège. Depuis de nombreuses années, l’autorisation d’ouvrir un cycle supérieur latin-grec et latin-mathématique était réclamée par Saint-Joseph.  Elle arrive enfin… presque trop tard puisque le rénové sera en quatrième l’année prochaine.  Les cours de programmation obtiennent toujours plus d’adhérents.  En 1980, ils se donnaient sur HP80 et TI58 et 59.  Cette année, ils sont complétés par des séances chez Tandy où chaque élève travaille sur un micro-ordinateur.  Les professeurs sont nombreux à suivre cette formation.  Le collège a d’ailleurs acheté son propre ordinateur qui commence à rendre des services appréciables pour l’organisation des options du rénové et la création de fichiers d’élèves et d’anciens. 

Cette année anniversaire devait être fêtée plus qu’une autre…  La traditionnelle fancy-fair eut lieu en novembre…  Les stands, le bar anglais et les restaurants accueillirent plus de monde que jamais.  Hélas ! le bal des jeunes aussi ! Le réfectoire n’y suffit plus, les normes de sécurité imposées sont dépassées…  De plus, malgré les « sorteurs » engagés pour la circonstance, beaucoup d’indésirables s’infiltrent et provoquent des bagarres difficilement contrôlables et des dégâts matériels.    Toutefois, le résultat financier de la fancy-fair fut excellent, en grande partie grâce à la tombola.  Tous les élèves participent à la vente des billets.  Les aînés ne sont souvent pas ravis de voir arriver leur titulaire porteur des carnets à vendre…  Mais il faut savoir que la tombola rapporte à elle seule près de la moitié du bénéfice total de la fancy-fair. 

Le "Bar Anglais" a attiré pas mal d'amateurs de bières d'Outre Manche.Le week-end de fancy-fair, chacun le sait, est conçu pour rapporter l’argent indispensable à l’ASBL.  Tout s’y paie…  Les parents le savent et mettent beaucoup de bonne volonté à se laisser tirer vers les stands par leurs enfants !  Toutefois, c’est souvent aussi l’occasion de revoir des anciens, de rencontrer les familles des élèves et de travailler tous en commun pendant trois jours.  La métamorphose est parfois amusante : Monsieur BOMBOIRE se transforme en restaurateur averti, Messieurs COX et SCHROYEN sont préposés aux brochettes que Madame RENARD enfile patiemment des heures durant, tandis que Monsieur MASSIN est à la plonge, Monsieur JORSSEN, le grand ordonnateur, marteaux et tournevis en poche, court en bleu de travail du toit aux caves, Madame HUYNEN prépare une éventuelle reconversion en marchande de frites, Messieurs BERTRAND et SCHUTTRINGER, avec leurs petites serveuses Mesdames CULOT et LABRIQUE, font couler à flots la bière anglaise, Monsieur FREDERICK, en brocanteur averti et rusé, surveille les vendeuses débutantes : Mesdames POTY et LEBAS, bien secondées par Monsieur DUPONT.  Madame LANGHOR, véritable chorégraphe, règle le ballet des serveuses du restaurant tandis que Mademoiselle AUTMANS règne en chef dans les cuisines.  Monsieur JONLET supervise les stands où Monsieur HANNOTTE se préserve tant bien que mal des plombs des tireurs et Monsieur GOFFINET des balles du massacre.  Et nous en passons évidemment beaucoup. 

Toutefois, cette année, on a envie d’organiser une journée de fête où chacun serait invité pour le plaisir, pas pour qu’il dépense le plus possible !  C’est ainsi que Messieurs BASTIN et JONLET, aidés d’une petite équipe de professeurs, mettent au point le Rallye pédestre, juste après les vacances de Pâques.  Le temps est avec nous ce samedi-là.  L’ambiance est très sympathique et la participation nombreuse.  Souvent, les familles au complet prennent le départ.  Toute la Ronde des petits Lutins de Chênée se joint aux marcheurs.  Madame HALLEUX et Mademoiselle SPITS, souriantes à souhait, servent force rafraîchissements au départ et à l’arrivée.  Mesdames MAIRLOT et VRONEN font goûter des tas de mets délicieux aux concurrents.  Monsieur DOPPAGNE fait son écolage avec Monsieur GOFFINET concernant la tenue d’un stand.  Messieurs PORTOLAN et HUYNEN trinquent avec les marcheurs à leur buvette « Au pied levé ».  Le soir, une diligente équipe, sous la bienveillante houlette de Monsieur BOMBOIRE, sert de délicieux pasticcios à l’assemblée épuisée mais satisfaite.  La formule est à retenir… ainsi que celle du souper organisé en avril pour les anciens de Saint-Joseph et Sainte-Thérèse, qui réunit une centaine de participants dans une ambiance très cordiale. 

Et demain ?  L’avenir n’est pas rose pour l’enseignement.  Restriction du crédit d’heures, augmentation des normes de classe, parte d’emplois…  Mais Saint-Joseph en a vu d’autres, il faut garder confiance !  D’ailleurs, à l’ASBL, on a de nouveaux projets, qui ne sont déjà plus informels mais qui restent on ne peut plus officieux.  On parle beaucoup de la construction d’un hall omnisports et d’un préau qui abriterait les élèves des intempéries.  Le grand problème est le manque de place.  On a parlé de l’achat d’un terrain à proximité mais la perspective de la perte de temps due aux trajets a fait rejeter cette idée.  On a pensé le construire en surplomb au-dessus d’une partie de la cour de récréation mais le coût extravagant et le côté inesthétique de cette réalisation ont entraîné l’abandon du projet.  A ce jour, on étudie la possibilité d’encastrer la salle de sports dans la cour de récréation du bloc B…

Rien n’est impossible à Saint-Joseph…